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Revue de presse

LA LETTRE (n°102)
Club de la Presse et de la Communication de Nancy-Meurthe-Et-Moselle
septembre 1991

Fajet, la radio qui donne à croire

Le 49, rue Charles-III, en contrebas de l'église Saint-Nicolas, héberge Radio Fajet, une station hors du commun, jeune, chrétienne, musicale, associative : elle donne à écouter et à croire.

A l'opposé d'une autre régie radio, aucune vitre ne sépare la technique des micros, c'est quasiment du direct. Etienne et Etienne, responsables de la technique et de la musique et Bernadette, chargée des programmes, discutent librement avec les jeunes, sous l'oeil chaleureux et complice du directeur de Radio Fajet : Guy Lescanne.

"Notre projet a vu le jour en mai 1984", explique Guy, prêtre et ancien journaliste. "Le but était de donner la parole à des jeunes de l'enseignement technique pour qu'ils puissent la donner à d'autres. La radio a démarré tout simplement avec un plateau-cassette et un émetteur qui nous avaient été prêtés, une corbeille à papier retournée en guise de pied de micro ! Dès que l'on posait trop violemment le coude sur la table, on provoquait les premiers blancs d'antenne..." Depuis cette date, Radio Fajet a fait son chemin. Lorsque la Haute Autorité a voulu l'interdire en 1986, tout le monde s'est battu contre cette décision : Monseigneur Bernard, évêque de Nancy et M. Vilmus, proviseur du lycée Cyfflé, en tête.

Prix de l'insertion

Aujourd'hui Radio Fajet émet en toute légalité de 7 h à minuit. Elle est animée par plus de 150 jeunes et adultes bénévoles qui travaillent dans les secteurs techniques, administratifs, d'animation. Elle est soutenue par l'association pour la promotion de l'audiovisuel dans les aumôneries techniques, qui compte plus de 600 adhérents. Son action a été récompensée en juin dernier par le prix de l'insertion que lui a décerné la Fondation de France.

"Beaucoup de jeunes, mais aussi des moins jeunes" explique Guy "ont aujourd'hui bien du mal à croire. Ils ont bien du mal à croire en Dieu, en l'avenir, en leurs parents, en leurs copains. Ils ont du mal à croire qu'une solidarité ou une fidélité peuvent être épanouissantes, à croire qu'un projet peut durer, mais aussi et surtout à croire en eux-mêmes". Radio Fajet s'adresse en particulier mais sans exclusivité à tous ces jeunes des lycées professionnels et aux jeunes sortis de l'école sans diplôme, pour qu'ils trouvent des raisons d'espérer.

"La grille des programmes" précise Guy "a le souci de donner à entendre des voix et des musiques qui invitent les auditeurs à croire en d'autres et en eux-mêmes. Notre but est de rejoindre les jeunes là où ils sont et comme ils sont en leur proposant un réel outil de communication". Et ça marche ! Preuve en est l'émission dominicale "parole d'outre murs", qui privilégie le dialogue entre les détenus et leurs proches. 1.400 lettres reçues l'an dernier et 1.600 appels téléphoniques.

Autres émission choc, "info bahut". Tous les mardis, en direct d'un lycée, n'importe quel jeune qui a envie de parler peut intervenir sur les ondes. Seules règles du jeu : le lycéen choisit son sujet, sa musique, l'animateur ne pose des questions que pour l'aider à s'exprimer

Le 16 septembre, Radio Fajet lance une nouvelle émission quotidienne "94.2 service compris". Le but est de donner envie aux gens de se lever tôt le matin même s'ils n'ont pas de travail, pas d'amis, pas de loisirs ou si les difficultés administratives les rebutent. Ce nouveau rendez-vous, plaque tournante en relation avec 72 organismes d'insertion, propose dans une ambiance conviviale, des informations pratiques, des plages musicales. Les jeunes apprendront ainsi à connaître leurs droits, à effectuer aisément toute démarche administrative. "Service compris", c'est sympa, c'est utile, c'est pétillant avec la vie d'un homme ou d'une femme qui "a la pêche" mais c'est aussi un lieu de rencontres, où les jeunes peuvent se retrouver entre 17 h 30 et 19 h 30 pour reparler des idées du matin, chercher des informations...

Si vous aussi, vous voulez donner à croire aux jeunes qu'ils peuvent s'en sortir, n'hésitez pas, allez vite au 49, rue Charles-III.


Marie-Pascale Desgranges