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Revue de presse

L'EST REPUBLICAIN
31 juillet 2002
LA FEMME DU JOUR

Petite voix dans la nuit

Dix ans durant, elle fut la « chef » de Radio Fajet, attentive à tout et à tous. Marie-Claude Vivier s'en va aujourd'hui. Discrètement.


« Est-ce vraiment nécessaire d'écrire que je m'en vais. Comme n'importe quelle retraitée. » Il faut du temps. Promettre un « entrefilet », trois fois rien, pour convaincre Marie-Claude Vivier...

Certes, à l'antenne du 94.2, l'auditeur ne percevra peut-être rien. Ni dans le ton, ni dans l'ambiance. Pourtant, dans les studios de la rue Charles-IlI, dans cette radio rebaptisée « maison » par nombre des 140 jeunes qui la fréquentent régulièrement, l'accueil risque bien de n'être ni tout à fait le même. Ni tout à fait dffférent.

« Accueil ». Le mot revient plus souvent qu'antenne ou micro, dans la bouche de Marie-Claude. « La radio ? Un outil génial. Magique. Qui fait rêver. Qui donne confiance en soi. Mais franchement, ça m'arrange de ne rien y comprendre.» Dix ans à la tête de la « maison Fajet ». Et pas une seule fois derrière le micro. Sauf aujourd'hui, peut-être. Pour ce dernier jour... « Ne pas attendre d'être usée pour partir. Ce que je vais faire ? Rien. Plus rien. » Court silence. « Au moins pendant un temps.» Précision pour être crédible. Comment imaginer ce « rien » conciliable avec un dynamisme qui ne s'est jamais démenti. Avec cette abnégation qui s'est affinée tout au long d'une vie professionnelle faste et enrichissante.


Marie-Claude Vivier : « Ne pas attendre d'être usée pour partir. »

« Chef »

Expériences uniques. Une maison, une autre, d'enfants celle-ci, en région parisienne, imaginée et gérée avec Pierre, le défunt mari, dont le souvenir, la sagesse, l'aura, poursuivent, comme autant d'encouragements, celle qui donna beaucoup dans le social, se souvient à peine de sa formation de Kiné, et reste, dans l'âme, conseillère conjugale.

Celle qui éleva cinq enfants. Et qui désormais entend bien « être un peu plus grand-mère ». Au moins pour ses sept petits-enfants. Celle qui présida donc, comme directrice surnommée « chef » par tous, aux destinées de cette radio pas comme les autres, pendant dix ans.

« Chef ». Sourire. « C'est très chouette d'être le chef. C'est être là pour l'autorité. Mais c'est aussi être au service, éclairer un peu, écouter, être attentif, être aussi la mémoire de la vie de nombre de ces jeunes, de leur histoire. Avec, parfois, une grande solitude. Parce qu'il y a beaucoup de choses qu'on ne peut pas partager. L'idée qu'on compte quelque part, qu'on est une personne repère, n'est pas toujours évident. »

Nouvel aveu, au passage. « Je suis très autoritaire. Mais aussi très affective. »

« Optimiste »

Autoritaire ? Peu probable que les jeunes bénévoles de la station conservent cette image là de « la chef ». Plutôt le souvenir d'une confidente. Celle à qui l'on pouvait tout dire, tout raconter Le pire comme le meilleur. Des jeunes au parcours initiatique parfois mouvementé. Vies difficiles, fêlures à partager, avenirs incertains. Et pourtant. « Je reste très optimiste. Je crois très fort à leur capacité d'adaptation aux situations... »

Dès demain, Fajet aura une nouvelle tête. Laurence Favilla. Mais probablement l'esprit perdurera-t-il. Avec les financements et les aides du conseil général, du CSA, de la mairie et de l'évêché aussi, qui font de cette structure un cas à part, unique, socialement et radiophoniquement différent.

Marie-Claude Vivier, elle, n'écoutera peut-être pas, dans un premier temps, l'antenne du 94.2. « Mylène Farmer, comme la dance, ou la house music, j'ai beaucoup de mal. » Retraite silencieuse. Pour mieux assouvir l'écriture d'un livre, probablement. Et ne surtout pas se dire que sa voix manquera, hors micro, dans les studios de Fajet. Et pourtant, n'en déplaise à sa modestie : elle manquera. Pour un sourire. Pour la raclée méritée, pour l'encouragement réconfortant. Pour l'écoute sincère. De ces petites voix qui ne s'entendent jamais sur les ondes, mais que l'on sait aussi silencieuses que lumineuses...

Christophe HÉRIGAULT
Photo Patrick CUCHET